En bref. Pour un usage quotidien avec des données confidentielles, Euria d’Infomaniak est gratuite et traite tout en Suisse. Pour brancher l’IA sur vos logiciels, passez par une API hébergée en Suisse. ChatGPT et Copilot restent utiles pour les tâches sans données sensibles, avec une offre professionnelle et des règles claires.

« Quelle IA utiliser en Suisse ? » et « Quelle est l’alternative suisse à ChatGPT ? » sont deux questions que Google affiche très souvent quand on cherche de l’aide sur l’IA en Suisse romande. Elles se posent aussi dans les entreprises : 72 % des actifs romands utilisent déjà l’IA au travail, et 27 % d’entre eux le font à l’insu de leur employeur.

La bonne réponse dépend moins de la marque que de trois questions.

Trois questions avant de choisir

1. Où vos données sont-elles traitées ?

« Hébergé en Suisse » désigne souvent le stockage. Mais l’IA, elle, peut traiter vos données ailleurs. Et un centre de données en Suisse ne suffit pas toujours : un fournisseur américain reste soumis au CLOUD Act, même lorsque ses serveurs sont chez nous. Pour des données sensibles, préférez un traitement en Suisse par une entreprise suisse.

2. Que fait le fournisseur de vos données ?

Les comptes gratuits grand public n’offrent pas les mêmes garanties que les offres professionnelles. OpenAI indique ne pas entraîner ses modèles sur les données de ses offres professionnelles par défaut, Microsoft affirme la même chose pour Copilot, et Infomaniak précise que les contenus envoyés à Euria ne servent jamais à l’entraînement. Lisez les conditions, et signez un contrat de sous-traitance dès que des données personnelles sont en jeu.

3. Où l’IA doit-elle travailler ?

Dans un navigateur, comme assistant ; dans votre suite bureautique (Microsoft 365, kSuite) ; ou dans vos logiciels métier (bexio, ERP, CRM), par une API. Plus l’IA touche à vos données internes, plus le lieu de traitement compte.

Ce que dit la loi

Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) le rappelle depuis novembre 2023, et l’a confirmé le 8 mai 2025 : la loi sur la protection des données s’applique directement à l’IA. Il faut notamment être transparent sur le traitement, informer les personnes qu’elles échangent avec une machine, permettre la revue humaine des décisions individuelles automatisées et mener une analyse d’impact en cas de risque élevé.

Quant aux États-Unis, la Suisse reconnaît depuis le 15 septembre 2024 un niveau de protection adéquat aux entreprises américaines certifiées au Swiss-US Data Privacy Framework. Utiliser un outil américain n’est donc pas interdit en soi. La question de la confidentialité de vos données les plus sensibles, elle, reste entière.

Les principales options, comparées

OutilFournisseurOù les données sont traitéesEntraînement sur vos donnéesPrix indicatifIdéal pour
EuriaInfomaniak, GenèveCentres de données d’Infomaniak en SuisseNon, selon InfomaniakGratuit, avec des quotas ; davantage avec kSuiteL’usage quotidien confidentiel
ApertusEPFL, ETH Zurich et CSCSChez l’hébergeur choisi : Infomaniak (dans Euria), Swisscom ou vos propres serveursSelon l’hébergeurModèle gratuit (licence Apache 2.0), hébergement à payerLes projets souverains et les administrations
Swiss AI PlatformSwisscomCentres de données de Swisscom en SuisseNon préciséSur devisLes grandes entreprises, la finance, le secteur public
Swiss AI AssistantSwisscomCentres de données de Swisscom en SuisseNon, selon SwisscomCHF 149 par mois pour 10 collaborateurs au plus (Essential Edition)Les équipes qui interrogent leurs documents internes
myAISwisscomEn Suisse et dans l’UE, sur une infrastructure AWS ; modèle Claude d’Anthropic au lancementNon, selon SwisscomGratuit ; Pro annoncé à CHF 14.90 par mois, actuellement offert pendant 12 moisLes particuliers et les indépendants
ChatGPT Business et EnterpriseOpenAI, États-UnisPas de traitement garanti en Suisse ; stockage et traitement en Europe (EEE et Suisse) possibles avec EnterpriseNon par défaut, selon OpenAIBusiness : 20 dollars par utilisateur et par mois en paiement annuel, 25 en mensuelLes tâches polyvalentes sans données sensibles
Copilot pour Microsoft 365Microsoft, États-UnisEn Europe (UE et AELE), sans garantie de traitement en Suisse, voire hors d’Europe lors des pics de charge (voir plus bas)Non, selon MicrosoftCHF 17.00 (Copilot Business) à CHF 24.30 (Microsoft 365 Copilot) par utilisateur et par mois, hors TVA, en paiement annuel, en plus de Microsoft 365Les entreprises déjà équipées de Microsoft 365

Prix indicatifs relevés en octobre 2026 ; ils changent souvent, surtout pour les offres américaines.

Euria, l’assistant suisse gratuit

Lancée par Infomaniak en décembre 2025, Euria fonctionne sur le web et dans des applications iOS et Android, sans compte pour un usage de base. Elle s’appuie sur plusieurs modèles open source, dont Apertus, que l’on peut choisir dans le sélecteur de modèles. Tout est traité dans les centres de données d’Infomaniak, en Suisse. Pour les équipes sur kSuite, Euria aide aussi à rédiger dans Mail, à reformuler dans kChat et à résumer des documents dans kDrive. Petit plus : selon Infomaniak, toute l’électricité utilisée par Euria est récupérée sous forme de chaleur pour le chauffage à distance de Genève.

Apertus, le modèle suisse ouvert

Apertus est un modèle de langage développé par l’EPFL, l’ETH Zurich et le Centre suisse de calcul scientifique (CSCS). Ses poids, ses données d’entraînement et ses méthodes sont publics, et il a été entraîné sur plus de 1’000 langues, dont le suisse allemand et le romanche. La version 1.5, publiée en juillet 2026, comprend aussi les images et l’audio. Ce n’est pas une application, mais une brique : on l’utilise dans Euria, chez Swisscom ou installée sur ses propres serveurs. Le canton du Tessin s’en sert par exemple pour un service interne de traduction, afin que ses documents sensibles ne partent pas chez un fournisseur commercial.

Swisscom, trois offres distinctes

myAI est un assistant pour les particuliers, traité en Suisse et dans l’UE sur une infrastructure AWS. Le Swiss AI Assistant, lancé en février 2026, s’adresse aux organisations de toutes tailles, PME comprises : c’est un assistant interne pour la gestion des connaissances, dont les données sont enregistrées et traitées dans les centres de calcul de Swisscom, en Suisse. La Swiss AI Platform, enfin, est l’infrastructure sur laquelle les entreprises développent et exploitent leurs propres applications d’IA.

ChatGPT et Copilot, les références américaines

Ce sont les outils les plus connus, et souvent les plus avancés. Pour une entreprise, la règle est simple : jamais de compte personnel gratuit pour des données de l’entreprise, une offre professionnelle, et une liste claire de ce qu’on peut y mettre. Si vous êtes déjà sur Microsoft 365, Copilot a l’avantage de l’intégration. Mais Microsoft a revu ses plans en avril 2026 : la Suisse ne figure plus parmi les pays qui auront un traitement local d’ici fin 2026, et le traitement se fera à l’échelle européenne (UE et AELE). Vérifiez aussi le réglage « flex routing » : activé par défaut sur les comptes d’entreprise créés après le 25 mars 2026, il autorise un traitement aux États-Unis, au Canada ou en Australie lors des pics de charge. Votre administrateur peut le désactiver.

Quelle IA pour quel usage ?

  • Rédiger, traduire, résumer au quotidien : Euria suffit souvent, gratuitement et en Suisse. Si vous préférez ChatGPT ou Copilot, prenez une offre professionnelle.
  • Travailler sur des données clients, RH, financières ou de santé : un traitement en Suisse par un acteur suisse (Euria ou l’API d’Infomaniak, le Swiss AI Assistant ou la Swiss AI Platform de Swisscom), ou un modèle installé chez vous.
  • Vous utilisez kSuite : Euria est déjà intégrée à Mail, kChat et kDrive.
  • Vous utilisez Microsoft 365 : Copilot, en sachant que le traitement se fait en Europe, pas forcément en Suisse, et après avoir vérifié le réglage « flex routing ».
  • Brancher l’IA sur vos logiciels (bexio, ERP, CRM, documents) : passez par une API. Chez Infomaniak, les modèles se paient à l’usage et en francs, par exemple CHF 0.20 par million de jetons en entrée et CHF 0.75 en sortie pour Mistral Small, hors TVA. Choisissez une architecture compatible avec plusieurs fournisseurs, pour changer de modèle sans tout refaire.
  • Administrations et projets sensibles : Apertus, ouvert et documenté, hébergé en Suisse ou chez vous.

Combiner plutôt que choisir

Dans la pratique, beaucoup d’entreprises combinent : un assistant suisse pour le travail quotidien, une API hébergée en Suisse pour les agents branchés sur leurs logiciels, et des outils américains réservés aux tâches sans données sensibles.

Le plus important n’est pas l’outil, mais les règles. 79 % des actifs romands disent n’avoir jamais reçu de formation formelle à l’IA, et 49 % que leur entreprise n’a pas défini de règles claires. Une liste d’outils autorisés, une charte d’une page et une formation courte changent déjà beaucoup.

Ce que nous faisons chez 2DS

Nuasix IA, intégrée à notre logiciel de gestion Nuasix One, tourne chez Infomaniak, en Suisse. Chaque entreprise peut choisir le fournisseur et le modèle selon l’usage, ou utiliser sa propre clé : changer de modèle ne demande pas de tout réécrire. C’est la même approche que nous appliquons dans nos projets d’intégration de l’IA.

Vous hésitez entre plusieurs outils ?

En 30 minutes, nous regardons vos usages et vos données, et nous vous recommandons une solution, même si elle ne passe pas par nous. Gratuit et sans engagement.

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Sources

Article rédigé par Justin Theytaz

Fondateur de 2DS

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